La recherche en médecine générale en France : le bon moment pour transformer l’essai?

ramond_photoDr. Aline Ramond-Roquin Département de Médecine Générale et Laboratoire d'Ergonomie et d'Epidémiologie en Santé au Travail; Faculté de Médecine d'Angers, France
Actuellement détachée au Québec, Canada

« Alors comme ça tu fais de la recherche en médecine générale? Et ça consiste en quoi? Et tu travailles dans quel service hospitalier? » La spécificité de la recherche en médecine générale est loin d’être (re)connue au sein de la communauté médicale, y compris généraliste. Mais difficile de nier que cette recherche est peu développée en France, et insuffisamment diffusée! Sans doute parce que la réforme de 1958, en adossant les facultés de médecine aux hôpitaux pour créer les « centres hospitaliers universitaires », concentra la recherche médicale dans les hôpitaux, excluant de fait les médecins généralistes. Sans doute aussi parce que l’exercice de la médecine générale est essentiellement libéral, avec un paiement à l’acte majoritaire. Sans doute encore pour beaucoup d’autre raisons, historiques, socio-culturelles, et j’en passe, les généralistes eux-mêmes n’étant certainement pas totalement étrangers à cet état de fait…

Pourtant, la recherche en médecine générale se développe en France actuellement. Pourtant, comme d’autres collègues généralistes, je fais de la recherche en parallèle de mon activité clinique. Pourtant, ce qui était impossible il y a quelques années est envisageable aujourd’hui… Pourquoi?

Soulignons d’abord le rôle précurseur de quelques médecins généralistes engagés dans des travaux de recherche, notamment au sein de sociétés savantes. Rappelons aussi que des médecins généralistes « militants » (souvent les mêmes !) ont poussé les portes de l’université jusqu’à y diriger des départements de médecine générale et y développer des activités de recherche. Conséquence logique, mais bien tardive, en 2007 : la création d’une filière universitaire de médecine générale permet enfin aux jeunes diplômés de préparer une carrière universitaire d’enseignant-chercheur. Dix titulaires de médecine générale issus de cette filière sont actuellement en poste en France et suscitent un grand espoir, même si leur nombre semble encore bien dérisoire… Depuis 2007 également, l’association FAYR-GP fédère dans un réseau très dynamique les jeunes chercheurs français en médecine générale, universitaires ou non.

Ça bouge aussi côté organisation des soins : essor des maisons de santé pluriprofessionnelles, apparition de modes de rémunérations alternatifs... Au niveau politique, la nouvelle stratégie nationale de santé accorde une vraie priorité aux soins primaires. La dynamique semble favorable au développement de la recherche en médecine générale, même si certains éléments essentiels, notamment de structuration et de financement, manquent encore, comme le souligne le récent rapport co-signé du comité d’interface INSERM-médecine générale et du collège de la médecine générale.

J’ai le sentiment que le moment est venu de transformer l’essai, et que j’ai de la chance d’arriver à ce moment : quelques précurseurs se sont acharnés à défricher le terrain, les nouvelles générations commencent à l’ensemencer. Il faudra encore du temps, de l’énergie et un véritable soutien politique, mais j’espère que la récolte sera à la hauteur des défis sociétaux auxquels la recherche en médecine générale a l’ambition de contribuer à répondre. Le terrain est vaste, et des champs entiers restent encore en jachère : recherche clinique, recherche sur la mise en œuvre (« implementation research »), recherche sur les services de santé... Élargir ainsi notre horizon implique, d’une part, de nous structurer, en rapprochant les équipes de recherche de structures de soins ambulatoires, à l’instar des « practice-based research networks » existant dans d’autres pays. Cela implique aussi, d’autre part, de travailler davantage en collaboration avec les chercheurs d’autres disciplines (sciences humaines et sociales, économie…), les autres professionnels de santé, notamment des soins primaires, et les populations recourant à nos soins, parce que notre discipline, en recherche comme dans le soin, est fondamentalement au cœur du système de santé et de la société.

Quel grand défi, mais quelles belles perspectives !

This blog is part of a series on global primary care research that CMAJBlogs is publishing in the lead-up to the NAPCRG Annual Meeting 2014NAPCRG 2014a-630

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